Nous ne voulons pas les discuter. Notre histoire militaire tout entière crie au mensonge et s'inscrit en faux.
Depuis qu'il y a des sous-officiers, les exemples de courage, les traits d'héroïsme ne se comptent pas.
N'était-ce pas un sous-off, ce grenadier qui, à l'assaut de Prague, monta le premier sur les remparts et assura la capture de la ville par l'héroïque Chevert?
Dans la même campagne (1745 à 1748), lorsque Chevert fut obligé d'abandonner la ville de Moncalvo, il y laissa, dit le duc de Broglie, à qui nous empruntons ces lignes, ses blessés et ses malades, en les recommandant à la clémence du vainqueur, qui, entrant dans la ville sans résistance, n'aurait eu aucune raison pour maltraiter des infortunés. Mais avant que les Piémontais eussent paru devant les remparts, un de ces pauvres abandonnés, un sergent, qui portait le nom de guerre de Va-de-bon-cœur, se soulevant sur son grabat et se retournant vers ses compagnons: «Camarades, leur dit-il, est-ce que nous allons nous rendre sans souffrir au moins pour deux liards de siège?» Et il leur fit comprendre que, moyennant quelques vieilles pièces de canon rouillées, mises en place sur les remparts, on pouvait faire un simulacre de défense qui leur donnerait droit aux conditions d'une capitulation honorable. Aussitôt dit, aussitôt fait, et quand le baron de Leutrum arriva aux portes de la ville, il fut reçu, à sa grande surprise, par une décharge d'artillerie qui mit quelques-uns de ses hommes hors de combat. Touché lui-même de ce trait d'énergie, il fit tout de suite offrir à ces défenseurs improvisés de leur accorder le traitement qui leur conviendrait. «Non, répondit Va-de-bon-cœur, nous ne nous rendrons pas que vous n'ayez fait une tranchée, ne fût-elle que de la longueur de ma pipe.» Leutrum se prêta à la plaisanterie, et après une heure de bombardement assez mollement opéré, il accorda aux assiégés une capitulation qui leur permettait de sortir avec les honneurs de la guerre. Le régiment des infirmes défila alors devant lui, chacun portant, en guise des armes qu'il n'aurait peut-être pas été en état de soutenir, quelque signe de sa maladie ou de sa blessure: celui-ci brandissant sa béquille, cet autre le bras en écharpe, quelques-uns montés sur les épaules de leurs camarades, et ce fut dans cet appareil qu'ils rejoignirent l'armée française, où ils furent reçus avec de joyeuses acclamations.
N'était-ce pas un sous-off, encore, que ce sergent Dubois, qui, avec le chevalier d'Assas, poussa, à Klostercamp, un cri héroïque et légendaire, qui lui valut la mort: «A moi, Auvergne, ce sont les ennemis!»
Mais qu'est-il besoin de citer des exemples empruntés à l'histoire du siècle dernier? Sans parler des quatre sergents de la Rochelle, les récentes guerres sont pleines de traits d'héroïsme accomplis par des sous-officiers.
Le 4 juin 1853, à Magenta, l'adjudant Savière du 2e bataillon des zouaves, s'élance sur un porte-drapeau autrichien et à la gloire de s'emparer de l'étendard ennemi.
Le 24 juin 1859, c'est le sergent Garnier, de la 1re compagnie du 10e bataillon de chasseurs, qui s'empare du drapeau du 60e de ligne autrichien.
Au Mexique, à l'affaire du Borezzo, un drapeau est enlevé par le sergent de grenadiers Picarent. Le fourrier Besançon, le 28 janvier 1865, s'empare d'un drapeau de la division Rojas.
A la bataille de l'Alma, le sergent-clairon Gesland, le poignet brisé par un boulet, se fait amputer, et revient se placer à la tête de ses clairons.