Est-ce que, dans l'armée, l'examen le plus rigoureux ne s'étend pas aux faits les plus minimes?

Les sous-officiers donnent le prêt irrégulièrement, prétend M. Descaves.

Est-ce que, s'il en était ainsi, les soldats hésiteraient à réclamer, avec d'autant plus de certitude d'être écoutés, sans courir le moindre risque, que le sergent-major prévaricateur serait immédiatement cassé?

Est-il nécessaire de discuter des histoires de compromissions indignes avec les fournisseurs? Mais les denrées fournies par ces derniers ne sont-elles pas soumises à l'examen scrupuleux de la commission des ordinaires?

Est-ce que la sollicitude paternelle des chefs de corps, qui s'intéresse aux plus infimes détails de l'existence du troupier, ne peut pas contrôler à l'improviste la gestion de l'ordinaire, et rectifier immédiatement une erreur, d'ailleurs improbable?

Le décret du 28 décembre 1883, portant règlement sur le service intérieur des troupes d'infanterie, porte, en termes exprès au paragraphe 9, chapitre premier:

«Le colonel a la haute surveillance des ordinaires du régiment. Il détermine le mode de gestion à suivre d'après les instructions du commandement et suivant les circonstances locales. Il provoque la concurrence entre les fournisseurs, il recourt à l'intervention des autorités municipales, du sous-préfet et du préfet, lorsque le régiment éprouve des difficultés provenant de coalitions ou de collusions.

«Il fixe le versement à faire à l'ordinaire, demande des ordres au général de brigade au sujet du taux du boni, veille à la formation judicieuse des fonds d'économie et s'assure que la somme qui dépasse le maximum fixé est déposée dans la caisse du trésorier (art. 90).»

Ainsi, rien n'échappe à l'œil vigilant du colonel.

N'est-elle pas légendaire au régiment, la visite de cet officiel supérieur dans les cuisines? Qui ne l'a pas vu goûter diligemment au succulent bouillon qu'on prépare pour les hommes?