--Alors, on n'a pas été sage? On a fait de grosses bêtises? Qu'est-ce qu'on a fait, allons?
--Oh! oh! oh!... monsieur Merlin... si je vous disais...
--Pourquoi pas? C'est donc bien grave?
--Oh!... oui. C'est affreux, allez... Je n'ose pas... non...
Et je secoue la tête en regardant le vieux qui fixe sur moi ses yeux brillants. Ces yeux m'attirent; je vois dans ces prunelles calmes de la loyauté et de la douceur, de la bonté pour les faibles, de la sympathie pour les souffrants. Tout remué encore par la scène atroce à laquelle je viens d'assister, le cerveau plein d'images horribles, le coeur débordant de terreur et de honte, je me sens entraîné vers ce vieil homme à la face honnête et digne. Je sens que derrière ce visage, sur lequel une expression de raillerie douce a fait place à la pitié, il ne peut y avoir qu'une âme droite. Et je comprends que je puis avoir confiance en ce vieillard, qu'il ne me trahira pas, qu'il me donnera peut-être du courage et du coeur, à moi qui n'ai plus de force, qui ne sais ni ce qu'il faut faire, ni ce qu'il faut penser.
J'essuie mes larmes et, bravement:
--Monsieur Merlin, je vais vous raconter tout.
Et je lui raconte tout, en effet, sans omettre un détail, sans passer un mot...
Le vieux s'est levé et se promène de long en large. De temps en temps, il crispe les poings en murmurant:
--Ah! ces bourgeois... Ah! ces bourgeois...