L'officier qui commande le détachement, un lieutenant aux longues moustaches blondes, les fait aligner sur un seul rang. Les hommes se rangent tant bien que mal, les plus malades s'appuyant sur leurs fusils ou sur les bâtons qui les ont aidés à marcher, pendant les étapes. Ils ont l'air tristement pensif des chevaux fourbus, des bêtes de somme éreintées qui s'affaissent dans les brancards, le corps tassé, appuyé dans l'avaloire, la tête morne, pendant hors du collier.

Le capitaine arrive, sa canne à la main. Il jette sur les malheureux un long regard méprisant.

—Beaucoup de malades, n'est-ce pas, monsieur Dusaule?

—Beaucoup, mon capitaine. Trente-huit hommes ont dû faire les étapes sur les cacolets.

—Trente-huit! C'est beaucoup trop! Vous auriez dû les forcer—oh! tout doucement—à revenir à pied. Rien n'est bon comme la marche pour chasser les maux de tête, les migraines. Et vous savez, ces fièvres-là, ce ne sont que des migraines. Un peu violentes, tout simplement... En voilà un qui a une sale figure, par exemple...

—Il est très malade, mon capitaine.

—A-t-il de bonnes notes? Comment s'appelle-t-il?

—Palet. Vous lui avez infligé dernièrement quinze jours de prison.

—Ah! oui, je me souviens. En échange d'une punition de quatre jours de salle de police portée par le sergent Baltazi, pour avoir boutonné sa capote à gauche le seize du mois dernier. Il faut toujours faire bien attention à ce que les hommes boutonnent leurs capotes quinze jours à gauche et quinze jours à droite. C'est très important, voyez-vous, monsieur Dusaule. Sans ça, les plastrons s'usent toujours du même côté... Alors, vous disiez qu'il est très malade, ce Palet?

—Oui, mon capitaine.