Un homme est tombé, dans la deuxième section et, étendu comme une masse sur le sable, râlant, pâle de la pâleur de la mort, ne peut plus se relever. Les chaouchs s'empressent autour de lui, le prennent par les épaules, essayent de le remettre sur ses pieds. Il retombe, inerte. Nous avons eu le temps de le reconnaître. C'est Palet, ce pauvre diable qui revient de Sandouch, miné par la fièvre et la dysenterie, misérable qu'on force à traîner son agonie lamentable dans les sables qui recouvriront ses os. Car ce n'est déjà plus qu'un cadavre, cet homme dont la face exsangue, dans laquelle éclatent deux yeux énormes, nous a arraché à tous un cri de pitié.

—Relevez-le de force! crie le capitaine. Forcez-le à marcher! C'est dans son intérêt! Nous serions obligés de l'abandonner là!

Alors, comme un tonnerre, des exclamations indignées éclatent.

—Il y a des mulets, derrière la compagnie!

—Qu'on décharge les sacs des pieds-de-banc, il y aura de la place pour les malades!

—C'est indigne!—C'est affreux!—C'est une honte!—A bas les chaouchs!

Les menaces et les injures se croisent, les vociférations augmentent, le tumulte devient énorme. Le capitaine se dresse sur ses étriers:

—Garde à vos!... Baïonnette... on! En avant... Pas gymnastique... Marche!

—Pas gymnastique sur place! s'écrie Acajou dont la voix vrillarde de voyou perce les grondements irrités.

Et, comme à un mot d'ordre, la compagnie entière obéit au gamin dont la figure pâle est belle, vraiment, agrandie par la détente des nerfs toujours irrités du faubourien, éclairée par la lueur blafarde et féroce de l'héroïsme gouailleur.