— Voulez-vous m'exposer l'objet de votre visite?

— Certainement. Je suis envoyé vers vous par Mme Hélène Canonnier.

Barzot ne répond point. Son regard, seul, s'assombrit un peu plus.
Je continue, très lentement:

— Mlle Canonnier se trouvait à Bruxelles depuis avant-hier avec son père. Je dois vous dire que j'ai l'honneur, le grand honneur, d'être très lié avec M. Canonnier; nous nous sommes rendu des services mutuels; je ne sais point si vous l'avez remarqué, Monsieur, mais la solidarité est utile, j'oserai même dire indispensable, dans certaines professions. Si l'on ne s'entraidait pas… Il y a tant de coquins au monde!…

— Hâtez-vous, dit Barzot dont l'attitude n'a pas changé mais dont je commence à ouïr distinctement, à présent, la respiration saccadée.

— Je connaissais donc M. Canonnier. Mais je n'avais jamais eu le plaisir de voir sa fille. Elle avait vécu, jusqu'à ces jours derniers, chez des gens qui passent pour fort honorables, mais qui sont infâmes, et qui reçoivent d'ignobles drôles, généralement très respectés.

Les poings de Barzot se crispent. Comme c'est amusant!

— Du moins, dis-je avec un geste presque épiscopal, telle est l'impression que ces personnes ont laissée à Mlle Canonnier. La haute situation que vous occupez, Monsieur, et qui vous laisse ignorer bien peu des opérations exécutées au nom de la Justice, vous a certainement permis d'apprendre comment M. Canonnier fut ravi, hier soir, à l'affection de son enfant. Je fus témoin de cet événement pénible. Mlle Hélène Canonnier, restée seule, avec moi, m'avoua qu'elle redoutait beaucoup les entremises de certains individus en la loyauté desquels elle n'avait aucune confiance. Elle me fit part de son désir de mettre en lieu sûr, non seulement sa personne, mais encore une certaine quantité de lettres fort intéressantes…

— Que vous m'avez volées! hurle Barzot. Ah! misérable!

Je hausse les épaules.