— Oh! c'est affreux, dit Charlotte en sanglotant. Je ne sais pas si tu as tort… mais je ne peux pas, je ne peux pas… Écoute- moi, je t'en supplie… au moins pendant quelque temps… Tu te calmeras. Tu es tellement énervé! Tu verras que c'est trop horrible… Je n'ai pas même le courage d'y penser; et je n'aurais pas la force… Oh! si tu savais ce que je souffre! Je t'aime, je t'aime de toute mon âme à présent; et je t'aimerai… oh! je ne peux pas dire comme je j'aimerai…

Je la prends dans mes bras.

— Eh! bien, si tu m'aimes, Charlotte, ne me demande point des choses impossibles. Il faut que j'agisse comme je te l'ai dit, je suis poussé par une force que rien au monde ne pourra vaincre, même ton amour. Mais tu seras heureuse, je te jure…

— Non, murmure-t-elle en détournant la tête; je voudrais pouvoir te dire: oui; je le voudrais de tout mon coeur; mais c'est plus fort que moi, je ne peux pas. Il me semble que je mourrais de peur et de honte… et je ne veux pas que toi… Oh! mon ami, mon ami! ne me repousse pas ainsi…

— Si! dis-je, je te repousserai — et j'écarte sa main glacée qu'elle a posée sur mon front brûlant, car sa douleur me pénètre et m'exaspère et je sens fondre, devant ce désespoir de femme, l'âpre résolution qui, depuis si longtemps, s'ancra en moi. — Si! je te repousserai si tu es assez faible pour ne point agir ce que tu penses, car tu sais bien que j'ai raison. Je serai ce que je veux être! Et je resterai seul si tu n'es pas assez forte pour me suivre.

Charlotte devient pâle, pâle comme une morte; et ses yeux seuls, éclatants de fièvre, paraissent vivants dans sa figure.

— Je ne peux pas, dit-elle tout bas; et d'autres paroles, qu'elle voudrait prononcer, expirent sur ses lèvres blêmes.

— Eh! bien, va-t-en, alors! crié-je d'une voix qui ne me semble pas être la mienne. Va retrouver ton père, fille de voleur! il m'a volé mon argent et toi tu veux me voler ma volonté! Va t-en! Va-t- en!…

Alors, Charlotte s'en va, toute droite. Et pendant longtemps, cloué à la même place et comme pétrifié, je crois entendre le bruit de ses pas qui s'est éteint dans l'escalier.

Ce que je ressens, c'est pour moi. Je voudrais bien qu'il y eût là quelqu'un pour me tuer, tout de même; mais on ne meurt pas comme ça. Il faut vivre. Eh! bien, en avant……