—Ah! s'écrie M. Freeman, il n'y a pas un Français qui souhaite plus que moi le triomphe de la France.
Et, très ému, il donne l'accolade à mon père.
Jean-Baptiste, aidé de Lycopode, a préparé les cantines.
—Rien n'est oublié, mon commandant, vient dire Jean-Baptiste; les cartes d'Allemagne sont sous les gilets de flanelle.
—C'est moi qui les ai mises là, dit Lycopode. C'est plus facile à trouver.
Lycopode, bien qu'elle cherche à le dissimuler, est troublée du départ de Jean-Baptiste.
Quant à Jean-Baptiste, qui accompagne mon père à son nouveau régiment actuellement à Châlons, et qui fait partie du Corps d'armée commandé par le maréchal Canrobert, il paraît enchanté d'aller à la guerre.
—Les Prussiens, dit-il, nous allons leur montrer ce que c'est que des hommes à poil.
Le dîner est triste. Mon père se contraint pour être gai. Avant le dessert, je vais dire adieu à Jean-Baptiste qui part en avance à la gare, avec les bagages. Notre séparation est pathétique. Lycopode, tout d'un coup, éclate en sanglots, je rentre dans la salle à manger, le coeur gros. Là encore, une scène émouvante et rapide a dû avoir lieu; car ma grand'mère a les yeux rouges, et mon père a une larme au coin des paupières. Il me recommande d'être bien sage et bien obéissant pendant son absence, et refuse de m'autoriser à l'accompagner à la gare. Les émotions sont inutiles.
Pourtant, quelques minutes plus tard, quand l'heure du départ a sonné, je sens qu'il est très ému lorsqu'il me serre sur sa poitrine; et il a peine à maîtriser son émotion aussi, lorsque ma grand'mère, après l'avoir embrassé, lui dit: