Déjà ils avaient exercé leur barbarie sur les femmes des Canadiens, compagnons de M. Lajimonière.

Belgrade, Chalifou, Caplette et Letendre étaient mariés à des Crises. Durant l’été de 1809, ils étaient allés faire la traite dans la tribu des Sarcis.

Leurs femmes furent massacrées en haine de leur tribu, et les Canadiens n’échappèrent à la mort que par une prompte fuite vers le fort.

Mme Lajimonière se trouvait donc environnée de ces barbares cherchant des ennemis à immoler pour satisfaire leur vengeance.

A la couleur de son visage ils virent qu’elle n’avait rien de commun avec ceux qu’ils cherchaient et qu’ils ne devaient pas la traiter en ennemie.

Le chef lui demanda par signes si elle avait son mari et où il était. Mme Lajimonière tâcha de lui faire comprendre que son mari était à la recherche de ses chevaux et qu’il ne tarderait pas à revenir. Ils lui firent signe qu’ils allaient l’attendre et qu’ils ne partiraient pas sans lui avoir parlé. Ils attachèrent leurs chevaux et s’étendirent sur l’herbe. Le temps paraissait long à Mme Lajimonière. Elle voulut cependant faire bonne contenance, et montrer qu’elle les traitait en amis.

Elle avait de la viande fraîche dans sa loge, elle se mit en frais de leur préparer un festin. La chaudière fut immédiatement remplie et mise sur un bon brasier. En attendant, elle sacrifia une certaine quantité de tabac que son mari tenait en réserve pour les grandes circonstances.

Quand la marmite eut bien bouilli, elle la tira du feu, découpa la viande par morceaux, puis la servit aux sauvages sur l’herbe de la prairie.

Le moyen de se rendre un sauvage propice c’est de lui donner à manger.

Les Sarcis furent émerveillés de cette réception, et ils firent tout leur possible pour prouver à Mme Lajimonière qu’ils ne lui feraient aucun mal.