La rivalité entre ces deux compagnies commença sérieusement à l’arrivée des premiers colons, en 1812, et se continua avec acharnement jusqu’en 1822, époque où elles se réunirent en une seule sous le nom de Compagnie de la Baie d’Hudson.
Les Canadiens-français et les métis embrassaient ordinairement la cause de la Compagnie du Nord-Ouest. Les Ecossais et les gens d’origine anglaise, ainsi que quelques sauvages étaient dévoués à la Baie d’Hudson.
M. Lajimonière n’avait jamais été au service d’aucune compagnie: il était resté libre dans le pays, faisant la chasse à son compte et vendant ses pelleteries tantôt à la Compagnie de la Baie d’Hudson, tantôt à la compagnie du Nord-Ouest. Cependant, après son séjour à la Saskatchewan, où il avait vécu dans les forts de la Baie d’Hudson, il se montra toujours en faveur de cette dernière Compagnie.
Au printemps de 1815, dans le cours du mois de mars, deux forts de la Compagnie du Nord-Ouest furent pris par les employés de la Baie d’Hudson. Tout ce qu’ils contenaient fut enlevé; provisions, marchandises et fourrures, tout fut transporté au fort Douglas. Les bourgeois et les commis de ces deux postes furent faits prisonniers et tous leurs papiers confisqués. Les messagers porteurs des lettres envoyées du Canada à la Compagnie du Nord-Ouest furent arrêtés et leurs lettres interceptées.
Les agents de la compagnie du Nord-Ouest, pour surprendre les desseins de leurs ennemis, arrêtaient tous les courriers de la Compagnie de la Baie d’Hudson et les faisaient prisonniers dans leurs forts. Il était donc très difficile de faire parvenir des lettres de la rivière Rouge à Montréal. La distance à travers les bois était de six cents lieues; et pour éviter de passer auprès des différents postes échelonnés le long de la route, il fallait prendre des chemins détournés, coupés par des marais, des lacs et des rivières, et passer par des contrées inhabitées presque pendant tout le voyage.
Le gouverneur du fort Douglas, s’adressa à J.-Bte Lajimonière pour envoyer les lettres à Lord Selkirk, qui se trouvait à Montréal. Quelques jours avant la Toussaint 1815, il le fit venir au fort et lui demanda s’il était capable d’aller à Montréal porter des lettres sans être arrêté sur sa route. M. Lajimonière, habitué à la vie sauvage, pouvait défier le plus habile Indien pour s’orienter dans un voyage de long cours: il avait un coup d’œil qui valait bien la meilleure boussole.
M. Lajimonière répondit qu’il pouvait se rendre seul à Montréal, sans être arrêté et qu’il se faisait fort d’aller remettre lui-même à Lord Selkirk les lettres qu’on voudrait lui confier.
La saison était déjà avancée; l’intrépide messager avait besoin de se hâter pour ne pas être arrêté par la neige. Il fit ses préparatifs de départ le jour même de la Toussaint. S’il ne lui arrivait aucun accident, il pourrait être de retour dans le cours de l’hiver; mais il lui fallait placer sa famille pour la mettre à l’abri de la misère pendant son absence.
Le bourgeois du fort de la colonie dit à M. Lajimonière d’emmener sa femme au fort, qu’elle y serait logée et nourrie jusqu’à son retour de Montréal. Mme Lajimonière laissa donc sa hutte, sur les bords de l’Assiniboine, pour venir habiter le fort Douglas.
Nous ne suivrons pas son mari dans toutes les étapes de son voyage qui fut long et rude. Nous dirons seulement que, parti de la rivière Rouge le 1er novembre 1815, il ne fut de retour qu’au mois de décembre 1816.