Une semaine plus tard Mme Lajimonière put se loger de nouveau dans la maison qu’elle avait été obligée d’abandonner le 19 juin, après la bataille contre les Métis.
Son sort semblait s’améliorer. Elle ne manqua de rien le reste de l’hiver, et le fort, protégé par les soldats, n’eut plus à redouter aucune attaque de l’ennemi.
Au printemps, M. Lajimonière avait besoin de repartir pour la chasse, et le fort rempli de militaires ne parut pas à Mme Lajimonière un lieu bien convenable pour une femme seule. Elle fit donc demander au bourgeois de vouloir bien lui donner une large tente où elle pourrait à quelque distance, se retirer avec sa famille. On lui accorda facilement ce qu’elle voulait et elle alla passer l’été dans le voisinage, sous une tente.
Lord Selkirk passa l’été à régler les affaires entre les deux compagnies. Le fort Gibraltar fut restitué à la Compagnie du Nord-Ouest qui le rebâtit. Des terres furent données aux militaires qu’il avait conduits à la rivière Rouge. Il conclut un traité avec les Indiens; et au mois d’octobre il repartit pour l’Angleterre.
M. Lajimonière alla avec d’autres le reconduire jusque sur le territoire américain, puis il revint au fort Douglas avant le mois de novembre.
Lord Selkirk, pour récompenser M. Lajimonière du dévouement qu’il avait montré à la Compagnie en entreprenant le long voyage de Montréal, lui donna une terre qui se trouve sur le côté est de la rivière Rouge, vis-à-vis la pointe Douglas. C’est une partie de cette terre qu’un de ses fils a vendue en 1882 pour la jolie somme de cent mille dollars.
Aussitôt que M. Lajimonière fut de retour après avoir accompagné le Lord, il pensa à préparer sur son terrain un logement pour sa famille. La saison était trop avancée pour songer à bâtir une maison en bois. Pour passer l’hiver, il creusa un trou en terre au-dessus duquel il fit une espèce de toit en chaume. Ce fut là qu’il installa sa famille pendant l’hiver de 1817 à 1818.
Le lecteur voit ici que depuis 1806 il n’y avait pas encore d’amélioration bien sensible dans le confort apporté au logement de Mme Lajimonière. Les campements de Pembina, les loges dans les prairies de la Saskatchewan, la hutte sur l’Assiniboine, la maison de Bellehumeur, tout cela valait autant que son logement pour l’hiver de 1817 à 1818.
Cependant une pensée réjouissait le cœur de cette femme obligée de vivre dans ce pauvre réduit, qui ressemblait plus à un caveau qu’à la demeure d’un être humain.
Lord Selkirk, à son départ, avait fait signer par les colons catholiques de la rivière Rouge une requête pour demander à l’évêque de Québec d’envoyer des missionnaires porter l’Evangile dans ce pays infidèle. Il devait lui-même présenter cette demande et employer toute son influence à la faire réussir.