--Je suis contente: nous avons bien travaillé!
Un arôme de café se mêlait, dans le grand calme de la nuit, au parfum âcre et laineux des tissus. La petite pièce était emplie d'une paix dense, comme gélatineuse, où les bruits se propageaient mal. La lampe avait l'air épuisée; sa flamme dormait tout debout.
Marguerite embrassa maman, me donna le bonsoir et sortit.
Ma mère poussa le verrou et revint jusqu'à moi.
--Il faut te coucher, maintenant, mon Louis.
Je tenais une de ses mains dans les miennes. La peau de l'index était dure et criblée de piqûres d'aiguilles. Ma mère passa son autre main, à plusieurs reprises, sur mon front. Cette main me parut fraîche. Je ne disais rien. J'entendais, comme au fond d'une cave, battre deux coeurs.
XII
Le lendemain matin, j'étais encore couché, en proie à la torpeur, quand j'entendis chuchoter dans la pièce voisine.
--C'est cela, disait ma mère, c'est cela, Marguerite. Rapportez-m'en chaque jour à peu près autant qu'hier. Nous nous installerons dans la salle à manger comme hier; c'est plus commode.
Déjà j'étais debout, l'esprit net de sommeil. Déjà j'étais tout à mes soucis, comme une prune gâtée, fourmillante de guêpes.