Toilette rapide. Déjeuner. Je me sentais résolu, sans savoir exactement à quoi. Mes desseins ne ressemblaient plus absolument à des mollusques; il leur poussait, dans l'intérieur, quelque chose de dur, d'osseux, une espèce de colonne vertébrale.
--Prends ton pardessus, Louis!
Soit! Soit! Le pardessus et, toute de suite, la porte, l'escalier, la rue.
Il faisait une matinée brumeuse, larmoyante. Gorgées de brouillard, de grosses gouttes claires roulaient sur la face des choses. Les hommes marchaient, vite et droit, comme des gens qui savent très bien où ils vont.
Vers huit heures moins le quart, je me trouvai sur la place Maubert. Le kiosque à journaux était ouvert, mais l'affiche n'était pas encore posée. Je me mis à rouler une mince cigarette, par contenance, puis j'attendis avec les autres.
Nous étions là cinq ou six qui allions de long en large, les mains dans les poches. Nous nous regardions à la dérobée. Il y avait entre nous, me sembla-t-il, un air de parenté: quelque chose de pauvre, d'inquiet, d'humilié; une certaine défiance réciproque, aussi.
A huit heures, la bonne femme du kiosque exposa le placard où étaient formulées les offres d'emplois. On m'avait depuis longtemps signalé cette petite agence en plein air; je n'avais, jusque-là, osé y recourir. Je m'approchai, derrière les autres, en affectant un peu de détachement.
Sur la feuille moite, le texte, polycopié à la pâte, se lisait mal. Certains des hommes épelaient à voix haute, avec difficulté, en mastiquant, pour ainsi dire, les mots que leur esprit absorbait avec lenteur.
Le numéro 12 retint mon attention: «Avocat demande personne instruite, jeune, bonne éducation, célibataire, pour travaux de bureau. Envoyer photographie.»
J'entrevis un cabinet de travail un peu sombre, avec un large tapis de moquette, un feu de boulets, un feu rouge cerise, au creux de la cheminée, et de longs après-midi solitaires, un hoquet de pendule dans le silence cotonneux.