Profitant d'un moment où Blandine était descendue à la cuisine pour y vaquer à quelque besogne ménagère, Landrillon se hasarda un jour à lui faire sa déclaration:

— J'ai quelques petites économies, proféra-t-il, et s'il est vrai que la vieille vous ait laissé une part de son magot, nous ferions un gentil couple, dites, qu'en pensez-vous, mamzelle Blandine?… Car si vous êtes jolie à croquer, convenez qu'il en est de plus mal tournés que moi. Pas mal de gaillardes de votre sexe se sont d'ailleurs ingéniées à me le persuader! ajouta le séducteur en se tortillant la moustache.

Très ennuyée par cette déclaration, Blandine déclina froidement et avec dignité l'honneur qu'il voulait lui faire en se dispensant même de lui donner le moindre motif de ce refus.

— Ouais, mamzelle! Ce n'est point là votre dernier mot. Vous réfléchirez. Sans me vanter, des épouseurs de mon poil, des galants pour le bon motif ne se rencontrent pas tous les jours.

— N'insistez pas, monsieur Landrillon. je n'ai qu'une parole.

— C'est donc que vous avez des vues sur un autre?

— Non, je ne me marierai jamais.

— Tout au moins en aimez-vous un autre?

— C'est là mon secret et affaire entre ma conscience et moi-même.

Un peu allumé, car il avait bu quelques verres de genièvre pour s'enhardir, il s'avisa de la prendre par la taille, de l'étreindre, et il voulut même lui dérober un baiser. Mais elle le repoussa et, comme il recommençait, elle le souffleta, menaçant de se plaindre au comte. Pour l'instant, il se le tint pour dit.