Cette scène se passait dans les premiers jours de leur installation à l'Escal-Vigor.
Mais Landrillon ne se donna point pour battu. Il revint à la charge, profitant des moments où il se trouvait seul avec elle pour l'obséder de gravelures et de privautés.
Chaque fois qu'il avait bu, elle courait un sérieux danger. Tandis que le comte s'était retiré dans son atelier avec Guidon ou qu'ils étaient allés se promener, Landrillon en profitait pour harceler la jeune femme. Il la poursuivait d'une pièce dans l'autre et, pour échapper à ses entreprises, elle devait s'enfermer dans sa chambre. Encore menaçait-il d'enfoncer la porte.
Comme à la ville, du temps de la douairière, Henry n'avait pour le servir à demeure que Blandine et Landrillon. Les cinq gars de Klaarvatsch attachés à sa personne ne logeaient pas au château. De sorte que bien souvent la pauvre économe se trouvait abandonnée presque à la merci de ce drôle.
La vie devint insupportable à la jeune femme. Si elle s'abstint de se plaindre à Kehlmark, ce fut parce qu'elle croyait encore ce plaisantin trivial, ce loustic de bas étage, indispensable à l'amusement d'Henry. Tel était son dévouement au Dykgrave que la noble enfant se fût fait scrupule de le priver du moindre objet capable de le distraire de sa mélancolie et de son abattement. Ainsi voyait-elle avec stoïcisme et renoncement l'influence que le petit Govaertz prenait sur l'esprit de son maître et s'efforçait- elle même de sourire et de plaire au favori de son amant.
Elle supporta donc les importunités et les taquineries du satyre en se bornant à se dérober de son mieux à ses violences.
La résistance, le mépris de Blandine ne faisaient qu'exaspérer le désir du ruffian. Il fut même un jour sur le point de lui imposer son odieuse passion, lorsqu'elle s'arma d'un couteau de cuisine oublié sur la table et menaça de le lui plonger dans le ventre.
Puis, comme il reculait, éplorée, elle courut vers l'escalier, décidée à monter à la chambre du comte et à lui dénoncer l'indigne conduite du drôle.
— À ton aise! ricana Landrillon blême de rage et de concupiscence, résolu, lui aussi, à recourir aux extrémités. Mais à ta place je n'en ferais rien. Je ne crois pas que tu sois la bienvenue, là-haut. Il t'en voudra au contraire de l'avoir dérangé. Car si tu en tiens toujours pour lui, il se moque bien de toi, ton ancien amoureux!
— Que voulez-vous dire? protesta la jeune femme en s'arrêtant sur la première marche.