— Inutile de faire la sainte nitouche… On sait ce qu'on sait, pardine!… Tu as été sa maîtresse, ne t'en défends point.

— Landrillon!

— Eh, c'est la fable de Zoudbertinge et même de tout Smaragdis.
Le révérend Balthus Bomberg ne cesse de tonner contre la catin du
Dykgrave.

Renonçant à gravir l'escalier, elle revint sur ses pas, se laissa choir sur une chaise, défaillante, presque morte de douleur et d'opprobre.

Un prélude de piano troubla le silence qu'ils gardaient tous deux.

Guidon entonnait, là-haut, de sa voix agreste, fraîchement muée, et encore un peu fruste, mais au timbre singulièrement magnétique, une ballade de naufrageur que Kehlmark accompagnait au piano.

Le corps secoué par des sanglots, Blandine marquait douloureusement le rythme de cette chanson. On eût dit que la voix du jeune gars achevait de la navrer.

En écoutant le petit paysan, un sourire équivoque parut sur les lèvres du valet et il couva d'un regard non moins ironique la malheureuse Blandine:

— Voyons, dit-il d'un ton patelin, en lui touchant l'épaule, ne nous fâchons point, la belle. Écoutez-moi plutôt. On vous veut du bien, que diable! Vous auriez bien tort d'aimer encore cet oublieux et dédaigneux aristo. Quelle duperie! Ne voyez-vous pas qu'il a cessé de vous chérir…

Et comme elle relevait la tête, il lui fit signe, un doigt sur la bouche, d'écouter la chanson étrangement passionnée que le disciple chantait à son maître et, après un nouveau silence, durant lequel tous deux prêtaient l'oreille: