Et pour obtenir son pardon, il lui fit une confession générale, ou mieux un tableau complet de sa vie intérieure.

En se rappelant ses heures sombres il redevenait cruel et agressif comme tout à l'heure, puis il se reprenait à la caresser, et son exaltation sardonique confinait par moments à la folie:

— Ah, Blandine! Blandine! Ce que j'ai souffert, ce que je souffre encore, on ne le saura jamais que si on a passé par les mêmes affres!

Pauvre chérie, tu as cru que je t'en voulais et que je me plaisais à te faire du mal…

Voyons, sois raisonnable. Tu observes quelqu'un attaché au bûcher et brûlant à petit feu; et c'est toi qui lui reproches le spectacle atroce que son supplice inflige aux âmes sensibles!… Ah! un spectacle qu'il t'offrit bien malgré lui!

Et c'est cette victime martyrisée, ce patient endolori dont tout l'être est une perpétuelle torture, une crispante lancinance, c'est ce brûlé vif que tu accuses d'être ton bourreau.

Désormais, ô ma soeur, fais-lui grâce de tes mines dégoûtées, de ta vertueuse réprobation.

Ah, j'en ai assez! Puisque je t'ai fait du mal inconsciemment, à toi la meilleure des femmes, je me demande pourquoi je ménagerais les sentiments de la turbe. Loin de m'humilier, je me redresse…

Tu me jugerais, tu me condamnerais, comme les autres? À ton aise. Mais je te conteste même le droit de m'absoudre. Je ne suis ni malade, ni coupable. Je me sens le coeur plus grand et plus large que leurs apôtres les plus vantés. Aussi ne te montre point pharisienne à mon égard, ô mon irréprochable Blandine!

Et surtout plus de ces mots insultants et flétrisseurs, n'est-ce pas, en parlant de mes amours, de mes seules possibles amours!