Avec cette intelligence de la haine, elle était résolue à frapper
Guidon pour mieux atteindre Kehlmark.

— Pas d'esclandre, surtout! dit Landrillon.

— Sois tranquille. Le moment nous favorise. La kermesse excuse bien des extravagances! murmura-t-elle avec un sourire affreux.

Pour l'honneur du nom de Govaertz, elle ne divulguerait point ce qu'elle savait de la situation de son frère auprès du Dykgrave. Elle se contenterait de mettre Guidon en posture humiliante et désagréable. Elle le mettrait aux prises avec quelques gaillardes, au préalable suffisamment préparées à une agression par les liqueurs et les bières. Mais, comme la suite le prouvera, elle avait trop présumé de son sang-froid et compté sans l'ardeur et le vertige de sa vengeance.

III

Ce jour-là, passé midi, les femmes de Smaragdis déambulent par bandes, de baraque en baraque, de taverne en taverne, criardes, turbulentes, provocantes, et battent ensuite les routes, du soir jusqu'au fond de la nuit.

De leur côté, les jeunes gens aussi rôdent par coteries, bras dessus, bras dessous. Les mâles entreprennent les femelles, mais celles-ci se montrent encore plus agressives.

Au début de la campagne, il ne s'agit que d'escarmouches, d'un simple assaut de propos graveleux, de parades et de bravades.

Des deux parts on se nargue, on s'échauffe. Mille agaceries. On se provoque de la parole et même du geste.

Étreintes furtives, bourrades, attouchements, subterfuges et simulacres: on leurre les postulations, on élude les redditions de compte.