—En avant! cria le géant au cocher. Passez sur leurs corps, nom de Dieu.... Sauvez les femmes.
Deux bleus accoururent à la rescousse de leur chef et en vinrent aux prises avec Waarloos.
Les chevaux refusaient toujours d'avancer. Ils galopaient sur place. Van Cuytard, debout sur le siège, avait pris le fouet des mains du cocher affolé et il en brida plusieurs fois le visage du blond Pierlo. Un cordon de sang festonna la joue du jeune homme depuis la tempe jusqu'à la mâchoire. Mais Frans, un poing au mors de chaque cheval, semblait leur donner du caveçon, et, calé comme une statue de bronze, ne bronchait point d'une semelle. Il se fût laissé écarteler plutôt que de lâcher prise.
Chez Valk, Basteni et Morgel, qui donnaient l'assaut aux occupants de la voiture, des convoitises charnelles se mêlaient à la furie meurtrière. Leurs désirs de l'après-midi, à la vue de Mme Blommært, s'exaspéraient à l'entendre geindre; coûte que coûte il leur fallait cette proie.
Vlamodder, désarmé, avait saisi par le dos le petit Jef Malsec, le plus jeune des Xavériens, et, tandis que les coups pleuvaient autour de lui, il s'en servit longtemps comme d'un bouclier.
—Lâchez cet enfant! vociféraient les paysans, forcés de mesurer leurs coups, presque réduits à l'impuissance.
A la fin, cependant, le bras de Vlamodder se raidissait. N'en pouvant plus, d'un suprême effort le colosse souleva le gamin et le brandissant ainsi qu'une massue, il en frappa Malcorpus. Malsec et celui-ci roulèrent par terre à quelques mètres de là.
Mais Sussel, qui avait déjà servi deux satellites de Vlamodder, revint à la charge, certain cette fois d'ouvrir le ventre au principal champion des Bleus:
—Un pas encore et vous êtes un homme mort! dit Vlamodder, et, tirant un revolver de sa poche, il le dirigea vers la poitrine de Sussel.
Celui-ci continuait à avancer, Vlamodder fit feu presque à bout portant. La fourche s'échappa des mains de Sussel; emporté par l'élan il fit encore quelques pas, trébucha, pivota sur lui-même et s'effondra. Ses fidèles, Basteni tout le premier, en train de harceler Mestback et Lindeblom, accoururent au bruit de la détonation et s'empressèrent autour de leur chef. Pierlo aussi, rendit la liberté aux chevaux, pour voler au secours de son inséparable.