Ce même soir elle attend que tout le monde soit couché, puis elle enjambe la fenêtre, tombe sur le fumier, se relève sans s'être fait de mal et s'engage dans la campagne.

III

Elle marche à l'aventure, tout droit, vers les dunes. Quelque chose l'avertit qu'elle arrivera encore à temps. Les battements de son cœur redoublent, elle presse le pas, gravit les sablons: il doit être là.

Ses suggestions ne l'ont pas trompée.

Exténué de fatigue, hâve, poudreux, ensanglanté, à demi vautré, dressé sur ses coudes, le menton dans les poings, sa canardière à portée de la main, l'Esprot apparaît tout à coup à la jeune fille.

C'est bien ainsi que Gentillie l'avait rêvé. Brun, crépu, plus basané qu'un pêcheur de la côte, nerveux comme un lynx, efflanqué comme un chat de gouttière, des yeux aussi noirs mais aussi inflammables que la poix: le voilà, ce Kriel Pintloon, ce mauvais bougre! Et Gentillie trouve ce noiraud, ce sécheron autrement magnifique que le grand Sander.

En la voyant venir à lui, résolue, foulant le terrain croulier d'un pied aussi sûr qu'une coureuse de grèves, indifférente aux piqûres des épines noires et des argousiers, dans la clarté douteuse du matin, Kriel Pintloon se dresse d'un bond, atteint son fusil, épaule:

—Holà, que veux-tu? Que viens-tu faire ici?

—Vivre avec toi! répond-elle avec simplicité, comme si c'était chose convenue depuis longtemps entre eux. «C'est bien toi Pintloon?»

—Si c'est moi! Et après? Les cent florins de la prime t'auraient-ils alléchée, par hasard? Dans ce cas tu as compté sans ton homme, ma mie.... Allons, haut le pied ou je tire!