Malheureux Cierge de Neuvaine! Il est temps qu'il sorte. Elle lui arracherait les yeux!

Quelques mois après, la vieille mourut de chagrin. Il fallut vendre la bicoque, le lopin de terre et les instruments de labour. Les dettes payées, il ne resta plus à Gentillie que quelques écus.

Sans avoir rien communiqué de ses intentions, elle quitta furtivement le pays, comme elle y était rentrée, le poupon sur les bras, ne daignant pas même se retourner pour voir une dernière fois le chaume sous lequel elle avait dormi tant de nuits heureuses et où sa mère venait de fermer les yeux pour de bon.

Elle s'en alla demeurer à la ville aux environs de la prison où était enfermé Kriel Pintloon.

Elle n'apercevait que les hautes fenêtres étroites comme des meurtrières et obstruées d'épais barreaux, trouant de leurs lignes noires la maussade muraille de briques sales.

Lorsqu'elle s'éternisait sur le trottoir, le nez levé, essayant de flairer derrière laquelle de ces fenêtres se morfondait son maître, les sentinelles, dont elle contrariait la promenade de long en large, la repoussaient brutalement et répondaient par des charges à ses informations suppliantes.

Pourtant une recrue, plus compatissante que les autres soldats du poste, apprit à la pauvresse que Pintloon avait été transféré de la prison cellulaire dans une maison de force au cœur du pays, d'où il ne sortirait probablement que vêtu de bois de sapin et les pieds en avant.

Sa résignation imprévue à cette nouvelle ne fut pas la chose la moins déconcertante de la vie de l'Esprote.

Peut-être n'y croyait-elle pas?

Quelle que fût son impression, elle continua de vaguer aux environs de la première prison de Pintloon sans songer un instant à émigrer à sa suite.