Son bâtard grandissait et, pour le nourrir et l'élever, ses derniers écus mangés, elle chercha du travail.

A présent elle s'employait à rendre des services aux soldats du poste, aux geôliers, aux commis. Elle faisait les commissions, fourbissait les armes, astiquait les buffleteries ou rangeait le ménage des guichetiers célibataires.

Elle finit par faire partie du grand édifice morose et désolé.

Elle éprouvait une sorte de tendresse respectueuse pour les gendarmes qui avaient blessé et capturé son homme. Sentiment de grossière admiration pour la force armée et victorieuse. Les jours de fête, lorsqu'elle voyait les pandores en grande tenue, luisants, bien peignés, la peau rose, moustaches cirées, le colback irréprochablement brossé, le baudrier blanchi à la craie, elle les dévorait des yeux, fière d'avoir collaboré à ce gala. On aurait dit qu'elle essayait de se concilier ces soldats tout-puissants en faveur de son fils, à l'exemple des pauvres dévots qui s'approvisionnent d'indulgences pour les jours de tentation.

Mais lorsqu'elle les voyait certains soirs, au retour des expéditions, poudreux et couverts de sueur, l'air implacable, sabre au clair, cavalcadant aux côtés des paniers à salade, et que leurs hautes silhouettes s'engouffraient, deux par deux, sous le portail béant et noir, et que les battues de leurs chevaux résonnaient dans le préau derrière les murailles, elle gagnait peur, appelait le polisson qui jouait dans la rue, fermait sa porte à double tour et pressait le gamin contre elle avec une sollicitude et des angoisses de poule qui tremble pour son poussin.

D'autres fois aussi lorsque, se prenant de dispute avec le fils de Gentillie, les méchants voyous, pour le réduire à quia, lui jettent à la face ce sobriquet déshonorant: Fils d'assassin! Fils de voleur! Fils de l'Esprot!» la bougresse fonce comme une lionne sur la bande agressive, dégage, en distribuant force taloches dans le tas, le gamin écrasé par le nombre, et ne rentre que lorsqu'elle les a mis en fuite à coups de pierre.

VI

Des années se passent encore. Le fils de Pintloon devient un grand garçon, bien découplé, de figure éveillée, mais de mine réfractaire comme celle de son auteur.

Choyé, gâté par sa mère, il a contracté des habitudes de paresse et de débauche, boudant les métiers réguliers et rêvant bamboches et escapades.

Les soucis et les tracas de la mère redoublent.