—Jan! Jan! Sois donc raisonnable.... Elle est vraiment jolie la vie que tu mènes. Penses-tu que notre pain cuise pendant que tu comptes les nuages qui passent! Depuis trois mois te voilà presque aussi fou que l'était cette paresseuse pièce qui partit avec ce soldat, son soi-disant père.... Ah! tu copies fidèlement ses lubies, à cette sorcière!... Comment tout cela va-t-il finir? Fi, Jan, à ta place je serais honteux! Notre mère garde le lit et c'est à peine si tu songes à elle. Veux-tu donc conduire la ferme à sa ruine, nous mettre tous trois sur la paille, et toi, finir à Gheel?
Sans écouter cette litanie, docile, il marche devant elle, pour regagner le logis, toujours plongé dans ses divagations, toujours taciturne....
—Hélas, cette blanche sorcière aux yeux noirs s'est vengée de nous sur le jeune baes, gémit la maisonnée.
—Ah! que n'ai-je tué la malfaisante pecque! glapit la fermière.
Ils recourent au curé du village pour rappeler le malade à la raison.
A son tour le pasteur surprend le gars sur la butte du hêtre et lui reproche son apathie inquiétante. Comme Jan ne s'émeut pas plus de ce prêche que des giries de la famille, le pasteur s'impatiente et lui montrant le hêtre:
—Mais, malheureux garçon, tu veux donc que ta mère accomplisse sa menace et que, pour te guérir, elle abatte cet arbre de malheur!
Le jeune homme n'a fait qu'un bond, et secouant rudement le bras du prêtre:
—Abattre cet arbre! Que venez-vous de dire? Ah! que personne ne s'avise d'y toucher, car aussi vrai qu'il y a un bon Dieu, la même cognée assommerait le hêtre et le bûcheron!
Mais se repentant de cet accès de révolte, une réaction subite l'agenouillant aux pieds de son pasteur, il se débonde, se soulage comme un pénitent au confessionnal: