[76] B. G. O., mars-avril 1896, p. 18-19.

Mais ces aspirations furent déçues : les « cléricalismes coalisés », que dénonçaient plus tard, à la loge les Trois Frères, de Bergerac, MM. Combes et Delpech[77], l’emportèrent sur le cabinet Bourgeois ; en mai 1896, M. Méline prit le pouvoir. C’est M. Dequaire qui, cette année-là, présidait le convent de septembre ; et le toast savamment étudié par lequel il porta la santé de M. Félix Faure laissait pressentir l’écroulement d’un songe. Il rappelait une fois encore, — n’ayant rien autre à rappeler, — la lecture sur les budgets contemporains, dont M. Félix Faure avait jadis honoré la loge l’Aménité, et il ajoutait : « Nous aimons à associer à ce souvenir une espérance, l’espérance que ce Frère, en présidant aux destinées de la France, saura rester fidèle à son passé maçonnique, au nom duquel nous ne lui demandons qu’une chose : continuer à servir cette démocratie dont il est issu et qu’il a le devoir de représenter à la magistrature suprême de notre pays. C’est dans ces sentiments, c’est avec le souvenir d’un passé qui ne se peut discuter, puisqu’il est fixé dans l’histoire de notre Ordre, c’est avec l’espérance que justifie ce passé, c’est avec une confiance raisonnée dans les sentiments démocratiques du Président de la République que je lève mon verre à notre Frère Faure, et surtout, dominant sa haute personnalité, à la République française[78]. » Il y avait dans ce toast, avec beaucoup de mauvaise grâce, à côté d’espérances découragées qui n’osaient plus se traduire en sommations, des évocations du passé qui étaient toutes proches d’expirer en menaces. M. Mamelle, président de la Grande Loge symbolique écossaise, but à son tour à la politique de « concentration républicaine » et déplora le fossé qui s’était creusé entre républicains[79] ; et sa loge, la Justice, envoyait secrètement une souscription au Comité d’action pour les réformes républicaines, fondé par MM. Mesureur et Bourgeois[80]. Les sommations de M. Mamelle ne furent ni acceptées ni peut-être connues de M. Méline ; et, peu après, MM. Bourgeois et Isambert, reçus en grande pompe par une loge d’Orléans, jetèrent le gant, d’un geste décisif, à la politique de « piétinement sur place » et du « 16 mai à l’amiable[81] ».

[77] C. R. G. O., mai-juin 1897, p. 21.

[78] C. R. G. O., 21-26 sept. 1896, p. 356.

[79] C. R. G. O., 21-26 sept. 1896, p. 375.

[80] Revue maçonnique, 1896, p. 117.

[81] C. R. G. O., décemb. 1896-janv. 1897, p. 27.

Aussi le convent de 1897 sonna-t-il vigoureusement l’attaque contre le gouvernement du pays. Comme si l’on voulait châtier M. Félix Faure d’avoir rempli ses devoirs de chef d’État en secondant les intentions pacificatrices de M. Méline, on ne but point à la santé du Président de la République. « Je ne veux pas parler de celui-là, j’aime mieux le tenir dans le silence[82] », devait s’exclamer, au convent de 1898, M. Urbain, président de la Grande Loge écossaise ; en 1897, on se contentait encore de se taire, sans faire observer que l’on se taisait. Mais M. Méline, lui, fut abreuvé d’invectives. Un publiciste de Meulan, M. Maréchaux, rapporteur de la commission de propagande, dénonça la « promiscuité infâme entre l’or des fonds secrets et la mitraille dorée du Vatican », le pape devenant « socialiste », les curés « chantant des Te Deum pour la République[83] ». — « La maçonnerie, déclara M. le colonel Sever, député socialiste du Nord, doit tout entière se précipiter dans la lutte, son Conseil de l’Ordre en tête[84]. » M. Hubbard recueillit une triple salve d’applaudissements en flétrissant le ministère « qui transforme la France en une province vassale de la congrégation du Gesù, du collège des cardinaux italiens, du pape italien infaillible[85] ». M. Dequaire fut vivement fêté lorsque, faisant bon marché de l’interdiction que lui avait faite M. Rambaud, ministre de l’instruction publique[86], de porter d’un bout à l’autre du territoire son activité de « commis voyageur en maçonnerie[87] », il clôtura le banquet du convent en criant que c’était la « veillée des armes[88] ». — « De l’action, citoyens, encore de l’action, et toujours de l’action[89] ! » C’est M. Lucipia qui poussait cette clameur, et M. Urbain saluait en lui son « ancien complice d’il y a vingt-sept ans, son compagnon de bagne[90] ». Les réminiscences de l’insurrection de 1871 emplissaient l’atmosphère de la rue Cadet. Le mot de « trésor de guerre[91] » était prononcé ; c’est sur les lèvres de M. Adrien Duvand, l’instigateur de nos « patronages laïques », qu’on le saisissait, et M. Duvand voulait, au nom de la commission de propagande, « englober dans la grande famille qui lutterait en mai toutes les fractions dignes de ce nom du parti républicain[92] ».

[82] C. R. G. O., 19-24 sept. 1898, p. 439.

[83] C. R. G. O., 20-25 sept. 1897, p. 176.