[108] B. G. O., août-sept. 1894, p. 310-311.
[109] B. G. O., août-sept. 1895, p. 219. — En revanche, le Congrès des Loges de l’Ouest, tenu à Angoulême en 1897, prétend réclamer de tous les maçons l’engagement d’élever leurs enfants en dehors de tout culte. (Compte rendu, p. 22.)
[110] Chaîne d’union, 1880, p. 199.
Esprit de secte, impérieux besoin d’affecter des idées « avancées », innocent désir d’acquérir des amitiés, des protections et du lustre : c’est pour l’une de ces raisons, et parfois pour deux d’entre elles, et parfois pour les trois, qu’on allait heurter à la porte des loges, jusqu’à ces dernières années. Le rapport de M. Massé au convent de 1898 donne lieu de croire que, dans peu de temps, une nouvelle clientèle affluera. La magistrature, la jeunesse des écoles, à plus forte raison l’armée, inspirent peu de confiance au député de la Nièvre ; c’est sur la « masse du prolétariat » qu’il compte pour défendre la République, de concert avec la maçonnerie[111], et pourquoi cette action parallèle ne deviendrait-elle pas une fusion ? L’idée n’est pas neuve ; mais la maçonnerie n’y accède qu’avec lenteur. Il n’est pas de loge, si modeste soit-elle, qui ne réclame 100 francs, payables immédiatement, de celui qui veut devenir maître en maçonnerie ; et les tarifs, en général, sont beaucoup plus élevés. En fait, donc, la classe ouvrière est à peu près proscrite. C’est pourquoi M. Amiable, dès 1893, demandait que, pour les ouvriers, les taxes fussent réduites de moitié, comme c’est le cas pour les fils de maçons et pour les instituteurs[112]. Le convent se montra froid ; et la maçonnerie, deux ans durant, eut auprès des socialistes parisiens l’ingrate réputation d’un club bourgeois. Elle répara ce désagrément en élisant, en 1895, M. Lucipia, et en ouvrant ses loges parisiennes, toutes grandes, aux conférences socialistes de MM. Fournière, Sembat, Viviani, Groussier, Chauvière, tous maçons. Secondée par ces nouveaux auxiliaires, la maçonnerie, présentement, guette la classe ouvrière. « Il ne faut pas compter outre mesure sur la jeunesse bourgeoise[113] », déclare M. Duvand ; et, du poids de son expérience, il encourage M. Massé, qui espère que les patronages laïques et les groupes Union et Compagnonnage, prenant les jeunes gens le dimanche et les jours de fête, pourront « développer en eux l’esprit maçonnique et assurer le recrutement des initiés dans un monde autre que celui où ils se sont recrutés jusqu’à ce jour[114] ». Déjà M. Maréchaux, en 1897, marquait la nécessité d’attirer à la maçonnerie les « compagnonnages » et les « groupes de libre pensée[115] ». Esprit hardi, parole franche, M. Foveau de Courmelle, au dernier convent, toucha de nouveau le nœud de la difficulté : « Il s’agit, dit-il, d’appeler les prolétaires. Le quatrième État doit pénétrer au milieu de nous. Vous devez diminuer le prix d’entrée pour les ouvriers[116]. » Cette invite fut laissée sans réponse ; mais la question reviendra, plus pressante : idées et clientèles se créent réciproquement, et l’évolution socialiste de la maçonnerie doit exercer quelque influence sur son recrutement.
[111] C. R. G. O., 19-24 sept. 1898, p. 281-282.
[112] B. G. O., août-sept. 1893, p. 329-332. M. Amiable voyait dans cette proposition « une mesure de salut public pour la maçonnerie ».
[113] C. R. G. O., 19-24 sept. 1898, p. 291.
[114] C. R. G. O., 19-24 sept. 1898, p. 278.
[115] C. R. G. O., 20-24 sept. 1897, p. 171.
[116] C. R. G. O., 19-24 sept. 1898, p. 285.