[139] B. G. O., août-sept. 1888, p. 529.
Aussi la maçonnerie, se sentant parfois importune, n’a pas dédaigné de se commettre de plus en plus ouvertement avec une fraction de la gauche, afin de demeurer une force parlementaire ; et cette fraction-là, du moins, est absolument maîtrisée. La création du Groupe fraternel d’études en juin 1885, sous la présidence de M. Barbe, député radical de Seine-et-Oise, inaugura cette politique. On la poursuivit en expulsant des loges tous les fauteurs du boulangisme[140]. Puis on projeta, en 1894, au Congrès des Loges du Midi, de former un atelier au Palais-Bourbon, où seuls les députés seraient admis[141] : la proposition fut ajournée. Mais, en juin 1895, tous les députés maçons furent convoqués rue Cadet, chambrés deux heures durant, et M. Blatin constata chez eux « une grande fidélité pour la doctrine maçonnique, un très grand désir de servir les intérêts maçonniques » ; aucune indiscrétion ne fut commise sur cette réunion, grâce aux « formes strictement rituéliques des travaux[142] ». Et nos députés maçons reprirent le chemin du Palais-Bourbon, ayant superposé au mandat public qu’ils avaient sollicité du suffrage universel le mandat occulte qu’ils avaient accepté de leur « Frère » M. Blatin, — éconduit, lui, en 1893, par le suffrage universel. — Leur obéissance semblait si parfaitement apprivoisée que, lorsque, au convent, trois mois après, MM. Pochon et Cocula demandèrent que les députés indociles fussent exclus des loges, la précaution fut jugée superflue. En revanche, en 1897, on se préoccupa d’avoir prise sur les candidats ; et le programme anticlérical et radical des loges parisiennes leur fut imposé comme un minimum[143]. Aussi n’est-ce point un paradoxe de soutenir, comme le faisait il y a sept ans déjà, dans un livre toujours digne d’être consulté, M. Copin-Albancelli[144], que la maçonnerie est plus adéquatement représentée, dans notre Parlement, que ne le sont les collèges électoraux. Les électeurs donnent, pour quatre ans, un blanc-seing à leur député ; la maçonnerie, elle, de temps à autre, envoie des « indications » aux Frères du Palais-Bourbon[145]. Vote rapide de la loi sur le monopole des inhumations, vote d’une loi interdisant le droit de suffrage aux membres des congrégations religieuses, application stricte du droit d’accroissement, rétablissement du scrutin de liste, vote du vœu Pochon contre la liberté de l’enseignement, vote formel contre l’institution d’une fête nationale de Jeanne d’Arc : tels sont les derniers ordres. Conseillers généraux et municipaux feront bien de s’en inspirer, dans la mesure de leurs attributions. Conformez-y docilement vos votes, vous serez le député idéal ; reprenez ces idées, à titre de vœux, dans les assemblées départementales, vous serez le conseiller général idéal ; et lorsqu’on est maire, on obtient pour sa « vaillante conduite républicaine » les « fraternelles félicitations du Conseil de l’Ordre », si l’on parvient, comme le fit, en mai 1897, un humble maire de Seine-et-Marne, à rendre la vie impossible au desservant et à « débarrasser sa commune de toutes robes noires[146] ». « Vous avez barre sur les hommes qui composent les conseils municipaux, disait au convent de 1893 M. Thulié, conseiller municipal de Paris, vous pouvez les obliger à laïciser les hôpitaux comme on fait à Paris[147]. »
[140] B. G. O., nov. 1890, p. 706-709, et déc. 1890, p. 730-731.
[141] B. G. O., août-sept. 1894, p. 111.
[142] B. G. O., juin 1895, p. 88 et août-sept. 1895, p. 201.
[143] C. R. G. O., 20-25 sept. 1897, p. 225 et suiv.
[144] La franc-maçonnerie et la question religieuse. Paris, Perrin.
[145] C. R. G. O., 19-24 sept. 1898, p. 344.
[146] C. R. G. O., mars-mai 1897, p. 13-14.
[147] B. G. O., août-sept. 1893, p. 587.