[179] B. G. O., août-sept. 1894, p. 212 et 215. D’après le Bulletin maçonnique de la Grande Loge Écossaise, 1880, p. 17, les douze loges qui formèrent cette Grande Loge furent spécialement autorisées par un décret de M. Lepère du 12 février 1880 ; ce décret figure-t-il aux documents officiels ?

Autorisés ou tolérés, un peu plus que tolérés ou un peu moins qu’autorisés, les francs-maçons, en France, sont ce qu’ils veulent et font ce qu’ils veulent, et laissent en toute sécurité se ramifier et s’épanouir, se projeter en avant et se replier sur eux-mêmes, diverger et se croiser, les innombrables tentacules qui composent l’organisation maçonnique. Deux facteurs sont en présence. D’une part, un pays où personne n’est responsable, où la représentation nationale, comme ici même M. Charles Benoist l’a si fortement montré, n’est pas et ne cherche pas à être l’image vraie du peuple, où le mot de démocratie, — un beau mot pourtant, et bien ample et bien large, — se rétrécit à force d’être prodigué, et est confisqué par une politique d’exclusivisme, où la démocratie réelle, qui appellerait le peuple à s’occuper lui-même et par lui-même de la chose publique, n’est ni pratiquée ni même peut-être entrevue, où la divulgation de tous les secrets gouvernementaux est devenue l’un des traits essentiels des mœurs publiques, où toute politique suivie semble impossible. D’autre part, une association secrète qui sait tour à tour, et quelquefois en même temps, être occulte et provocante, qui trouve les moyens et s’arroge le droit de faire sentir son action au moment même où elle la cache, et de l’imposer au moment même où elle la nie, qui double la prestigieuse force du mystère en y ajoutant parfois les gratuites apparences du ridicule, qui semble provoquer le haussement de nos épaules pour mieux peser sur elles, qui séduit les uns par la vanité des hochets, les autres par la perspective d’un avancement, ceux-ci par l’espoir d’un service et ceux-là par la fascination d’une langue emphatique, qui retient certaines fidélités par la reconnaissance, beaucoup par l’ambition, toutes par la peur, qui dompte les députés par les fonctionnaires et les fonctionnaires par les députés, et qui parvient, enfin, à glisser dans la presse ce qu’elle y veut glisser sans laisser deviner ce qu’elle y veut taire. Il est naturel et il est logique que cette association vise à l’hégémonie de ce pays, et l’on s’explique comment un publiciste radical, M. Fernand Maurice, pouvait dire sans trop de jactance, au convent de 1890 : « Incontestablement, nous sommes tous d’accord sur ce point que la maçonnerie ne donne pas aujourd’hui le plein de ses forces, qu’elle n’a pas aujourd’hui, sur la politique de la France, l’action qui lui devrait être dévolue, qui lui appartient… Nous n’emportons pas le morceau, et il faut que cela soit. Eh bien, si la maçonnerie veut s’organiser… je dis que, dans dix ans d’ici, la maçonnerie aura emporté le morceau et que personne ne bougera plus en France en dehors de nous[180]. » Dix ans ont passé, depuis lors ; et la France, défiante de l’internationalisme maçonnique, désespérant de savoir jamais vers quelle fin mystérieuse essaie de l’acheminer la politique intérieure et extérieure de la maçonnerie française, semble faire effort pour réclamer, avec le droit d’association, le droit de bouger.

[180] B. G. O., août-sept. 1890, p. 500-501.

TOURS. — IMPRIMERIE DESLIS FRÈRES