En vingt-quatre heures, après plusieurs haltes effectuées à différentes hauteurs, pour permettre sans doute à la machine humaine de prendre quelque repos, on arriva à une hauteur de trente kilomètres; là, on abandonna le véhicule et il fallut continuer le voyage à pied, au milieu d'une couche de nuages si épaisse qu'on ne voyait point à dix pas autour de soi, longeant des précipices énormes dont la vue seule donnait le vertige.

Enfin, au bout de soixante heures de fatigues surhumaines, et après avoir, par miracle, échappé à la mort qui les guettait, presque à chaque pas, Ossipoff et ses compagnons arrivèrent au plateau qui couronnait la montagne et dominait, de quarante-deux kilomètres le niveau des océans vénusiens.

Là, on prit un peu de repos; puis on déballa les appareils et dès le lendemain le travail commença, travail gigantesque, insensé, et que pour mener à bien, l'énergie et l'opiniâtreté des Terriens furent tout juste suffisantes: heureusement Brahmès, investi pour cette circonstance de toute l'autorité royale, avait pris sa besogne à cœur et ne laissait pas une minute de repos à l'armée d'esclaves travaillant sous ses ordres.

—Alcide! dit tout à coup Gontran à Fricoulet, il y a une chose qui me tourmente.

—Laquelle?

—Dans un voyage du genre de celui que nous avons entrepris, le principe, n'est-ce pas, pour s'élancer d'une planète sur l'autre, est de profiter des moments où elles sont le plus rapprochées.

—Assurément... c'est l'A, B, C de la logique.

—Aussi, pour aller de la Terre à la Lune, nous avons profité du périgée.

—Tout comme Sharp, en partant à notre place, a profité de l'époque à laquelle la Lune et Vénus se trouvent à leur plus grande proximité l'une de l'autre c'est-à-dire du périaplérodite...