—Non, pas le cœur, mais l'estomac, répliqua Gontran, qui, déjà, préparait la bête avec acharnement... car je ne sais si cette nourriture, faite de mastic sur la lune, et d'herbes hachées sur Vénus, convient à vos estomacs, mais cette volaille a réveillé, chez le mien, tous ses appétits carnassiers!

Pendant que le jeune comte parlait, Farenheit avait ramassé des brindilles de bois qu'il avait réunies en tas, puis, battant le briquet, il mit le feu à ce bûcher improvisé, qui, bientôt, se transforma en un véritable brasier; quelques minutes après, le volatile mercurien, enfilé dans une branche de bois vert en guise de broche, grésillait au-dessus des flammes, répandant, dans l'atmosphère, une bonne odeur de graisse chaude, que les narines de nos voyageurs humaient gourmandement.

Tout en surveillant son rôti, Gontran réfléchissait.

—À quoi pensez-vous, mon cher enfant? demanda Mickhaïl Ossipoff.

—Je songe que nous allons éprouver bien des difficultés à parcourir rapidement ce monde inconnu, sans la moindre carte pour nous guider si, au moins, ce coquin de Sharp ne nous avait pas complètement dépouillés.

—Nous n'avons rien à déplorer en ce qui concerne Mercure, répliqua le vieillard, puisque les astronomes terrestres n'ont jamais été à même d'étudier suffisamment la planète pour en pouvoir dresser une carte; au surplus, vous avez, je crois, une crainte vaine! quinze mille kilomètres de tour, qu'est-ce que cela pour des gens comme nous?

—Surtout, ajouta Fricoulet, que, organisés comme nous le sommes, c'est absolument comme si nous étions chaussés de bottes de sept lieues...

—À table!... à table!... cria en ce moment l'Américain.

—Mais votre rôti ne doit pas encore être à point, déclara M. de Flammermont.