L'Américain arrondit les yeux.
—Ce n'est point une preuve que j'ai, répliqua-t-il; c'est un membre de volaille.
—Eh! riposta l'ingénieur, cette volaille est-elle autre chose qu'un habitant de Mercure?...
L'Américain, à cette sortie inattendue, éclata de rire, et son hilarité fut partagée par Gontran.
—En vérité, s'écria le jeune homme, tu voudrais prétendre que cet oiseau à trompe est un représentant de l'humanité mercurienne!
—Pourquoi pas?
—Notez bien, mon cher Gontran, dit à son tour Ossipoff, que Mercure étant une planète toute jeune, son humanité doit correspondre à la période quaternaire terrestre... d'autre part, il se peut que la succession des espèces vivantes se soit faite autrement que sur notre monde, et que l'humanité mercurienne ait une forme toute différente de celle qu'elle affecte sur les autres planètes.
Gontran, pendant cette explication, était demeuré tout interdit; quand le vieillard eut achevé, il fit une moue de dégoût et jeta loin de lui le morceau de carcasse qu'il s'apprêtait à dévorer à belles dents.
—Que te prend-il donc? demanda Fricoulet qui avait la bouche pleine.
—Je me fais l'effet d'un anthropophage!... déclara M. de Flammermont.