—Voilà déjà cinquante minutes que nous marchons, grommela-t-il, cinquante minutes pour faire quinze kilomètres! c'est inadmissible! vous vous êtes trompé dans l'estimation de la distance, mon cher monsieur Fricoulet!

—C'est bien possible, répliqua celui-ci qui, la main sur les yeux en guise d'abat-jour, examinait pensivement l'horizon.

—Par exemple! dit à son tour Gontran, il y a, dans ce qui se passe, quelque chose d'étrange, d'anormal! remarquez-vous que cette eau, ces arbres, ont la même tonalité que tout à l'heure, or les règles de l'optique...

L'ingénieur frappa ses mains l'une contre l'autre.

—J'y suis, s'écria-t-il... j'ai l'explication du phénomène, c'est un mirage... nous sommes victimes d'une illusion d'optique semblable à celles qui se présentent souvent dans les déserts africains.

—Un mirage, répéta Farenheit d'un ton accablé, alors, cette eau n'existe pas?

—À cela, il n'y aurait pas grand dommage, riposta Gontran, car elle doit être quelque peu brûlante, c'est l'ombre des arbres que je regrette.

—Ne nous désespérons pas, dit vivement Fricoulet, marchons encore un peu, il est fort possible que ce paysage existe réellement.

La constance des voyageurs fut soumise à une rude épreuve; la contrée qu'ils traversaient était une sorte de désert aride, aussi loin que la vue pouvait s'étendre, on ne voyait qu'un sol jaunâtre et desséché... pas un arbre, pas un brin d'herbe; du sable, du sable, toujours du sable et, au-dessus de la tête, dans le ciel pur, le disque énorme du soleil, versant à torrents ses rayons, qui leur calcinaient les membres et corrodaient leurs entrailles.