Enfin, à bout de forces, ils s'arrêtèrent, une toile de tente fut tendue sur quatre piquets et, dans le carré d'ombre que cet abri primitif projetait sur le sol brûlant, les voyageurs s'étendirent jusqu'au soir.
Lorsque, dans l'immensité sidérale, l'astre du jour eut été remplacé par la clarté plus douce de Vénus, les voyageurs abandonnèrent leur campement, décidés à marcher jusqu'à ce qu'ils fussent sortis de ce pays désolé.
Vers minuit, enfin, après une cinquantaine de kilomètres parcourus, ils entrèrent dans une contrée nouvelle, et la végétation reparut, plus luxuriante encore qu'à l'endroit où ils avaient opéré leur descente; aux sables du désert succédait une plaine fertile et gazonnée; au loin, l'on entendait le murmure d'une eau courante, bruissant sur les cailloux.
—Farenheit! Farenheit! appela Ossipoff en voyant l'Américain prendre les devants, ou courez-vous ainsi?
—Prendre un bain! répondit-il sans s'arrêter.
—Mais le malheureux va s'échauder! fit M. de Flammermont en se précipitant sur les traces de Farenheit.
Celui-ci avait quelques enjambées d'avance, si bien qu'il disparut sous les grands arbres, avant que le jeune homme l'eût rejoint.
Soudain l'Américain poussa un cri de joie; semblable à une nappe d'argent, une immensité liquide s'étendait devant lui, reflétant, à sa surface, les astres étincelants qui fourmillaient au firmament.
—By God! grommela-t-il en précipitant sa course, fût-ce de l'eau à faire cuire des œufs, le bain me paraîtra frais auprès des rayons du soleil.
En deux bonds, il atteignit la rive, se débarrassa de ses vêtements, et ne conservant que son caleçon, entra dans l'eau.