Bien que chaude, l'eau lui parut, en effet, d'une température moins élevée que l'atmosphère embrasée de la journée, et il s'y plongea avec une volupté inouïe, piquant des têtes, faisant la planche, tirant des coupes savantes, en bon nageur qu'il était.
Sans y prendre garde, il s'était un peu éloigné de la rive et il ne songeait aucunement à mettre un terme à ses exercices aquatiques, lorsque tout à coup, à quelques mètres de lui, l'eau bouillonna fortement, en même temps qu'une masse sombre, émergeant à la surface, se dirigeait vers le bord.
Tout de suite, l'idée des crocodiles vint à Farenheit et, en dépit de la température de l'eau, un frisson glacé lui courut le long de l'échine.
Instinctivement, sa main chercha son revolver à sa place habituelle; mais il était en caleçon.
—By God! gronda-t-il, pourvu que les amis arrivent à temps.
Cependant, la masse inquiétante avait abordé et, lentement, péniblement, se hissait sur la rive en poussant des grognements formidables.
À la clarté de Vénus, l'Américain distinguait, bien qu'assez vaguement, un corps énorme terminé en forme de queue et ne paraissant pas mesurer moins de cinquante à soixante mètres, la partie antérieure de l'animal formait à elle seule la tête, tête monstrueuse, épouvantable, que terminait une trompe rigide en forme de cornet, assez semblable à celle dont était munie la tête de l'habitant mercurien dont les voyageurs s'étaient régalés.
De l'endroit où il se trouvait, Farenheit entendait l'aspiration puissante du monstre qui, déséquilibrant les couches atmosphériques, produisait des courants d'air violents dont le remous arrivait jusqu'au nageur.