—Mais cela ne suffit pas, monsieur, on fabrique une planète non avec son imagination, mais avec ses yeux!
—Vous m'accorderez, cependant, répliqua Gontran, que l'attitude du vieillard commençait à énerver, que Le Verrier n'est pas le premier venu, et que si l'affirmation faite par le docteur Lescarbault avait été basée sur une simple illusion d'optique, l'illustre astronome ne s'en fût point servi comme point de départ pour des études poursuivies sans interruption de 1858 à 1876!
—Vous oubliez sans doute, riposta Ossipoff, la déduction faite par Le Verrier à savoir que cette fameuse planète passerait devant le disque solaire le 22 mars 1877, et qui tint en haleine les astronomes du monde entier; ils en furent pour leurs peines, car, sur le disque du Soleil, rien n'apparut au jour prédit!
M. de Flammermont était quelque peu interdit, lorsque Fricoulet vint à son secours:
—Cependant, le 29 juillet 1878, lors de la dernière éclipse de Soleil, MM. Watson et Swift n'ont-ils pas annoncé avoir vu, dans la direction de Vénus, tout contre le Soleil éclipsé, deux planètes intermercurielles,... c'était, je crois, deux astronomes américains.
Farenheit, qui assistait avec un désintéressement absolu à cette discussion, se redressa soudain et, lançant sa casquette en l'air avec un indescriptible enthousiasme, s'écria:
—Hurrah! Hurrah! pour Watson et Swift,... s'ils ont découvert la planète Vulcain, c'est qu'elle existe réellement.
Et, se précipitant vers Gontran, il lui serra les mains avec énergie en disant:
—Vous êtes un savant,... un vrai savant.