[CHAPITRE XII]
LA BANLIEUE DU SOLEIL
ercredi 25 mars.—Seul, me voici seul maintenant, en me réveillant, cela m'a semble tout singulier de ne pas voir la jeune fille étendue sur son hamac.
Tout d'abord, la mémoire encore engourdie par le sommeil, je l'ai cherchée, puis soudain, je me suis rappelé ce qui s'était passé la veille; mes calculs établissant nettement l'excès de poids du projectile, excès correspondant, à un gramme près, au poids de Séléna, mes hésitations, mes scrupules, et enfin ma brusque décision.
Pouvais-je, pour une simple question d'humanité, renoncer à cette exploration céleste qui va entourer mon nom d'une auréole de gloire inimaginable? Pouvais-je sacrifier à cette jeune fille le pas gigantesque que mon voyage faisait faire à la science?
Et puis, je commençais à m'y attacher, à cette enfant, si douce, si aimable, et à côté de sa pure silhouette de victime, je me faisais trop l'effet d'un bourreau; c'était comme un remords vivant.
Oui, à tous les points de vue, j'aime mieux l'avoir abandonnée, je ne regrette rien.