Spectacle merveilleux! dans l'espace, d'un noir velouté, éteignant, dans sa clarté splendide, tous les astres du firmament, un météore brillant, étincelant, filait avec une rapidité inouïe, balayant l'immensité d'une traînée lumineuse dont j'étais moi-même enveloppé et qui dégageait cette chaleur suffocante qui m'avait éveillé.
C'est une comète, celle de Tuttle, sans doute; elle seule peut, à cette époque, traverser le ciel dans cette position; je consulte mon horaire; la comète de Tuttle a été signalée en 1871... sa période est de treize ans... nous sommes en 1884, c'est bien elle.
Je note ici, pour mémoire, son aphélie qui est de 10,483, son périhélie qui est de 1,030, l'excentricité de son orbite 0,821.
L'orbite de Tuttle coupe, dans le plan de l'écliptique, les orbes de toutes les planètes, dépasse Saturne, atteint son aphélie au bout de treize ans et revient dans notre système, après des millions et des millions de lieues parcourues.
Voilà le véhicule qu'il me faudrait pour parcourir l'immensité interplanétaire!... en place de ce misérable morceau de métal qui me porte!
Samedi, 28 mars.—La chaleur a diminué, je respire plus facilement; mesuré au micromètre, le diamètre du Soleil a grandi... je cherche la comète... en moins d'un jour, elle s'est perdue dans l'espace; grâce à ma lunette, je la retrouve là-bas, tout là-bas, à l'horizon sidéral... elle va couper l'orbite de Mercure.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Toute la journée j'ai fait des calculs et j'ai établi que la comète de Tuttle allait presque certainement rencontrer Mercure... Que va-t-il résulter de ce choc? une comète de moins, sans doute, dans le système solaire.
Tout à coup, la pensée de Séléna me revient à l'esprit; pauvre enfant, c'est la mort implacable qui l'attend... pourvu, mon Dieu! qu'elle ne souffre pas trop!... je suis un misérable!