Les deux jeunes gens poussèrent une exclamation étouffée, en même temps que derrière eux un juron furieux éclatait.
—By God! hurla Farenheit, ce n'est pas encore pour cette fois?
Le vieux savant regarda l'Américain d'un air étonné.
—De quoi s'agit-il donc? demanda-t-il.
Puis, comme si l'attitude embarrassée et déconfite de Gontran et de Fricoulet lui eût soudain ouvert l'esprit:
—Eh! s'exclama-t-il, j'y suis... votre longue conversation de l'autre soir... la sphère de sélénium que vous avez tenu à conserver, en dépit de son inutilité... parbleu! c'est cela même; vous aviez formé le projet de gagner la terre en ballon, lorsque la comète vous mettrait à proximité...
—Mais nous voulions vous emmener avec nous, monsieur Ossipoff, déclara le jeune comte.
—Je n'en doute pas, mon ami, riposta en souriant le vieillard, et je vous sais gré de vos bonnes intentions qui, heureusement, se trouvent inutiles.
—Heureusement... murmura M. de Flammermont... à votre point de vue peut-être... mais au mien et à celui de Séléna, c'est tout différent.
—Bast! répliqua Ossipoff avec indulgence, vous n'en serez que plus heureux plus tard... sans compter que vous ne m'avez pas laissé achever; car si la perturbation apportée dans la marche de la comète par le Soleil nous éloigne de la Terre, par contre, elle nous rapproche de Mars à moins de vingt mille kilomètres.