Ce fut Fricoulet qui, prévenant le vieillard, répondit:
—Vous n'avez aucune crainte à concevoir, mademoiselle; la densité du métal ne prouve rien, puisque nous sommes sur un monde où la pesanteur est de moitié moins intense qu'à la surface de la Terre; en outre, Gontran m'a raconté que l'on avait fait en France, il y a de cela quelques années, un ballon tout en cuivre.
—Ce n'est pas possible! s'écria la jeune fille.
—Je vous demande pardon, mademoiselle; et même l'aéronaute qui a fait cette expérience à Paris,—en 1845, je crois,—n'était pas le premier venu.
—C'est Dupuis-Delcourt, n'est-ce pas? demanda Ossipoff.
—Vos souvenirs sont exacts, cher monsieur, et c'est ce précédent qui avait donné à Gontran l'idée d'utiliser notre sphère de sélénium, pour nous rapatrier. Malheureusement, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, la comète ne nous porte nullement du côté de la Terre, mais bien du côté de Mars ou plutôt de son premier satellite, Deimos.
—Va donc pour Deimos, dit M. de Flammermont.
Et le jeune homme ajouta in petto:
—Ces Martiens, que l'on suppose arrivés au point culminant de la civilisation, connaissent peut-être l'institution du mariage... alors, oh! Séléna!...
Et, rendu tout joyeux par la perspective d'un prompt dénouement à sa situation de sempiternel fiancé, le jeune homme courut à la jeune fille et lui baisa les mains avec transport.