[CHAPITRE XV]

LA PLANÈTE GUERRIÈRE

n abordant sur ce nouveau monde, la première impression ressentie par notre âme n'est pas une impression étrangère à celle que les spectacles de la nature nous imposent. Nous nous trouvons transportés sur un monde singulièrement analogue au nôtre. Les bords de la mer y reçoivent, comme ici, la plainte éternelle des flots qui se brisent en s'éteignant sur le rivage car là, comme ici, le souffle du vent ride la face de l'eau et donne naissance aux vagues qui se succèdent et retombent. Si le ciel est pur et l'atmosphère calme, le miroir des eaux reflète, comme ici, le soleil éblouissant et le ciel lumineux.

«Le villageois européen qui, jeté par le flot de l'émigration sur les rives de l'Australie, se réveille un beau jour au milieu d'un pays inconnu où le sol, les arbres, les animaux, les saisons, le cours du Soleil et de la Lune sont d'un aspect tout différent de ce qu'il a vu jusqu'alors dans son pays natal, n'est pas moins surpris ni moins dépaysé que nous ne le sommes en arrivant sur la planète Mars. Se transporter de la Terre sur Mars, c'est simplement changer de latitude.»

Ainsi s'exprime, à propos de la planète où abordaient nos voyageurs, le célèbre propagateur de la science astronomique, et Gontran, en analysant ses propres sensations, ne pouvait s'empêcher de reconnaître combien elles concordaient avec les pensées contenues dans ce passage des Continents célestes reproduit plus haut.

Il faisait nuit, cependant, lorsqu'un signe du Martien, qui paraissait commander à bord, les invita à sortir de la nacelle et, dans une obscurité profonde, tout le paysage se noyait autour des Terriens: de ci, de là, pourtant, des ombres plus épaisses se dressaient, confuses, intriguant par leur masse ou par leur hauteur, nos voyageurs dont les yeux s'écarquillaient en vain pour percer l'obscurité.

La seule chose dont ils eussent réellement conscience était une nappe d'eau qui s'étendait à leurs pieds, bruissant doucement, comme font les vagues minuscules de notre Méditerranée, poussées par une brise de printemps; dans ces eaux, ainsi que dans un miroir d'argent bruni, le ciel se reflétait avec ses myriades d'astres étincelants.

L'on eût dit d'une étoffe moirée, toute pailletée d'or.

Instinctivement, nos amis relevèrent la tête.