Gontran l'interrompit:

—Qui cela, Aotahâ? demanda-t-il.

—Un Martien fort aimable et fort instruit, dont j'ai fait connaissance et qui me paraît jouer, sur cette planète, le rôle de Grand-Maître de l'Université.

M. de Flammermont ne put s'empêcher de faire entendre un petit éclat de rire moqueur.

—Si tu as bien compris, dis-tu; ces gens-là parlent-ils donc comme on parle au boulevard Montparnasse?

—Peuh! fit l'ingénieur avec une moue de dédain, il y a beau jour que les Martiens ont laissé loin derrière eux la syntaxe et tout ce qui s'ensuit; le temps étant pour eux la chose la plus précieuse du monde, ils ont cherché un système de langage permettant d'exprimer la pensée presque aussi rapidement qu'elle jaillit dans leur cerveau.

—Une sorte de langage sténographique?

—Précisément: les cinq voyelles servent de base à ce système fort simple, puisque, suivant le ton sur lequel elles sont prononcées, elles expriment telle ou telle pensée.

—Mais cela leur fait un vocabulaire fort restreint, objecta Mlle Ossipoff; songez que la voix n'a que deux octaves et demie, ce qui donne, par la division en demi-tons, un total de trente sons différents... Ces gens-là n'auraient donc, pour exprimer leur pensée, que des moyens des plus imparfaits.

L'ingénieur sourit.