—Vous n'êtes pas sans savoir, mademoiselle, répondit-il, que ce sont les vibrations qui forment les sons; ainsi, la note la plus grave de la voix humaine correspond à 160 vibrations, tandis que la plus élevée en a 2048; eh bien! en allant de 160 à 2048, le son se modifie à chaque vibration ajoutée, ce qui donne 1888 sons différents,... vous voyez que le langage des Martiens est plus riche que vous ne pensiez.
—Ce que tu dis là est fort juste, riposta M. de Flammermont; malheureusement, l'oreille humaine est imparfaite à saisir des nuances si subtiles.
—L'oreille humaine, d'accord; mais celle de ces gens-là est soumise, dès la naissance, à une éducation qui les met à même, au bout d'un certain nombre d'années, d'arriver à une perception vraiment merveilleuse; on apprend aux jeunes Martiens à saisir, dans un son, les vibrations qui le composent, comme on nous apprend, à nous, à découvrir les beautés subtiles contenues dans un texte de Virgile, d'Homère ou de tout autre auteur ancien.
—Mais nous avons des grammaires, des dictionnaires, une foule d'instruments, enfin...
—Eux, ils ont ceci...
Et l'ingénieur tira de dessous son vêtement un appareil assez singulier; cela ressemblait à un casque qu'eussent orné, de chaque côté, deux appendices assez semblables à des pavillons de cor de chasse.
—Ceci, dit-il, est ce que portent les enfants dès l'âge le plus tendre; ces sortes de conques, formées d'un métal qui a la propriété de vibrer avec une facilité extrême, s'adaptent sur les oreilles et transmettent au tympan les vibrations qu'elles emmagasinent. À mesure que l'enfant grandit, la grandeur de ces conques diminue pour disparaître tout à fait, lorsque l'éducation est entièrement terminée.
Les Terriens considéraient, avec une curiosité facile à concevoir, le bizarre instrument dont chacun d'eux fit l'essai à tour de rôle.
—Je trouve, moi, dit Gontran, assez ironiquement, que cela dénature la parole.
—Parce que nous ne nous servons pas, comme ces gens-là, de monosyllabes pour rendre notre pensée; les vibrations de chacune de nos paroles s'enchevêtrent les unes dans les autres.