—Le canal!... s'écria Farenheit... de quel canal parlez-vous donc?
—De celui où nous sommes, parbleu!
—Ça!... un canal! exclama l'Américain en désignant de la main la nappe d'eau qui, de tous côtés, s'étendait à perte de vue.
—Mais oui, un canal... un simple canal de cinq mille kilomètres de long.
Farenheit demeurait les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte, tellement profonde était sa stupéfaction.
Gontran, non moins étonné que lui, dissimulait son étonnement sous une apparente indifférence.
—Avouez, mon cher sir Jonathan, fit l'ingénieur en frappant amicalement sur l'épaule de l'Américain, que Suez et Panama sont des besognes d'enfant auprès de ce canal.
—Mais vous n'allez pas me faire accroire que cet océan—car je persiste à lui donner ce nom—a été creusé de main d'homme!...
—Il faut cependant bien que je vous le fasse accroire, puisque c'est la vérité... d'ailleurs, vous pourrez, avant peu, vous en convaincre par vos yeux... on est en train d'en creuser un perpendiculairement à celui-ci, et c'est la cause pour laquelle nous ne pouvons passer.
Ossipoff avait abandonné ses compagnons et était monté sur le pont, afin d'être le premier à constater, de visu, la vérité sur ces fameux canaux martiens, l'un des plus vastes points d'interrogation que se posent les savants du monde entier.