—Cependant, insista l'ingénieur, la prudence exige que tu ne te laisses pas prendre au dépourvu par les questions que M. Ossipoff ne manquera certainement pas de t'adresser ce soir.
Gontran prit un air résigné.
—Allons, va, bourreau... murmura-t-il, assassine-moi avec tes deux cent vingt-quatre planètes... pour peu que chacune d'elles soit seulement aussi grosse que la Terre... tu as de quoi m'assommer.
—Eh bien! regarde comme j'ai eu raison d'insister, répliqua l'ingénieur, tu viens de commettre là une hérésie formidable; d'après la théorie générale du système planétaire, la masse totale de ces deux cent vingt-quatre planètes ne peut dépasser le tiers de la masse terrestre...
—Pourquoi cela?
—Te répondre m'allongerait inutilement... qu'il te suffise de savoir que cela est... plus tard, quand j'aurai un moment, je t'expliquerai...
—Explique-moi donc alors comment cette zone sidérale a été considérée si longtemps comme déserte?
—À cause de l'infinie petitesse de ces astéroïdes, dont les plus importants ont cinq cents kilomètres de diamètre, au maximum, et qui nous apparaissait sous la forme d'étoiles de onzième grandeur... et puis, tu as dû remarquer qu'il y a beaucoup plus de chance de trouver une chose que l'on sait exister, que celle après laquelle on court, à tâtons, sans indications précises, sans certitude.
—C'est la vérité!