Et l'ingénieur eût continué longtemps de la sorte, si Ossipoff, persuadé comme toujours, que le jeune homme faisait, par vanité, étalage d'une science superficielle, ne lui eut coupé la parole avec un mouvement d'impatience:
—Puisque la conversation est sur ce sujet, dit-il en s'adressant à Gontran, je vous serais bien reconnaissant de me donner votre avis.
—Mon avis!... sur quoi? demanda M. de Flammermont.
Et, in petto, il ajouta:
—Voilà l'assaut!
—Mais votre avis sur la formation de ces planètes, répliqua le vieillard.
Pour le coup, Gontran était acculé à son ignorance; nerveusement, il étirait sa moustache tout en poussant des hem! hem! pleins d'aveu, et ses regards désespérés s'attachaient sur Séléna, lorsque soudain, il vit la jeune fille prendre sa montre et la laisser tomber.
Ossipoff poussa un cri et se précipita: mais sa fille l'avait devancé et, ramassant les morceaux, les montrait, avec un sourire singulier, à M. de Flammermont.
Ce geste fit luire, dans son cerveau, une lumière subite:
—Parbleu! dit-il avec assurance, toutes ces petites planètes ne peuvent être que les fragments d'un monde qui, pour une raison inconnue encore, mais que la science découvrira, aura éclaté.