Il s'agissait tout naturellement de la lutte qui allait s'engager et Aotahâ déclarait avoir une confiance absolue dans l'engin expérimenté quelques jours auparavant à l'Institut.
—Mais vos adversaires, demandait l'ingénieur, sait-on s'ils ont, eux aussi, un moyen, non pas de remporter la victoire,—il ne s'agit point de cela—mais de conserver la vie?
—On ne sait pas, répondit le Martien; certainement ils ont une arme mais, à ce sujet, le secret est bien gardé... pour chacun de nous, c'est une question de vie ou de mort; la destruction est nécessaire, indispensable; tout le monde est d'accord pour le reconnaître; mais l'instinct individuel de la conservation est là qui pousse chaque être à désirer revenir jouir de l'existence, au milieu des siens, de préférence à son adversaire,... la vie reste donc au plus intelligent et c'est justice.
En ce moment, il fit signe aux voyageurs de le suivre au dehors; devant l'Observatoire, un appareil d'aspect singulier se balançait à quelques pieds du sol: c'était une sorte d'oiseau mécanique, au corps effilé, aux vastes ailes concaves.
Ossipoff et ses compagnons s'installèrent dans la nef formée par le corps de l'oiseau et, aussitôt, un moteur mis en action par le Martien imprima aux ailes un mouvement uniforme et doux, grâce auquel l'appareil plana bientôt à une hauteur prodigieuse.
La Ville Lumière n'apparaissait plus que comme un amas de dés de pierre surgissant des flots glauques.
Aotahâ avait mis le cap au Sud-Ouest et le rivage du continent Huygens se profilait déjà à l'horizon.
Pendant deux jours, ils naviguèrent ainsi, filant à toute vitesse vers le terrain où devait se livrer le gigantesque et pacifique duel auquel ils se proposaient d'assister.
Bien que planant à une grande hauteur, les voyageurs pouvaient constater, à la surface de la planète, une animation extraordinaire; les canaux, qui mettent chaque mer en communication, étaient sillonnés par d'innombrables constructions chargées de Martiens suivant la même direction que nos amis; les airs étaient également zébrés par le vol rapide d'aéronefs immenses qui arrivaient de tous les points de l'horizon, semblables à un essaim gigantesque d'abeilles rejoignant la ruche.