—Mais enfin, demanda Gontran bas à l'oreille de Fricoulet, à quoi servent tous ces canaux immenses?... pour la longueur, passe encore; mais, c'est la largeur que je ne m'explique pas.
—C'est un simple système d'irrigation, répondit l'ingénieur; les eaux essentielles aux Martiens sont canalisées et réparties intelligemment à travers tous leurs continents, pour apporter avec elles la fécondité et la vie.
—Mais pourquoi, au lieu de se contenter d'un canal unique, les ont-ils, presque partout, accouplés deux à deux?
—C'est là une question que je n'ai pas encore élucidée; mais, sans doute, y a-t-il à cette mesure une raison de sécurité; il n'y aurait rien d'étonnant à ce que, de ces deux canaux, l'un fut consacré à l'aller et l'autre au retour? Mais c'est une simple hypothèse.
—Comme dans nos chemins de fer à deux voies, pensa Gontran.
Enfin, l'on arriva au but du voyage.
À en croire Mickhaïl Ossipoff, on se trouvait alors sous l'Équateur, par le 270° de longitude, sur le continent baptisé par Schiaparelli du nom de Lybia, à quelques degrés à peine de la Grande Syrte, plus communément connue sous le nom de Mer du Sablier.
—Au nord, déclara le savant en s'adressant à Gontran, la Lybie est bordée par une mer qui a eu votre illustre homonyme comme parrain.
Le jeune homme feignit de jeter un coup d'œil connaisseur sur la carte.
—Je vous avouerai, mon cher monsieur Ossipoff, dit-il d'un ton dégagé, que je ne me reconnais plus du tout.