—Mon pauvre ami, pour te faire bien saisir ce mécanisme, il me faudrait t'expliquer une loi de physique que tu ignores et cela nous entraînerait trop loin. Qu'il te suffise de savoir que la combustion de l'hydrogène pur produit une série de détonations qui ébranlent les couches d'air et forment comme une sorte d'ouragan artificiel, d'une puissance dont tu ne peux te faire une idée.
Comme il achevait ces mots, un ronflement formidable retentit à deux pas d'eux, puis, sur toute la ligne, ce fut une suite non interrompue de coups de tonnerre éclatant avec une intensité incroyable.
—Oh! oh! grommela Gontran, l'action s'engage, je crois.
Et, à l'aide d'une lunette marine, il regarda de l'autre côté du canal. Des trouées énormes se creusaient dans les masses profondes qui, jusqu'à ce moment immobiles, semblèrent reculer.
—Eh! s'écria Gontran, bonne invention que les canons en verre.
Tout à coup, du milieu de l'ennemi, une épaisse fumée se dégagea, formant, à trois cents mètres dans l'espace, un épais nuage qui glissa jusqu'au-dessus des Équatoriaux.
Le nez en l'air, les yeux arrondis, M. de Flammermont assistait, bouche bée, à cette transformation atmosphérique.
—Vois-tu cela? demanda-t-il à Fricoulet d'un ton stupéfait.
—Peuh! fit l'ingénieur, c'est un nuage.