—Et sur quoi basez-vous cette supposition? mon cher enfant, demanda le vieillard.
Pour le coup, Gontran se trouvait fort embarrassé de répondre et il lança à Fricoulet un regard désespéré.
Heureusement, ce fut l'ingénieur qui répondit à sa place en tendant à Ossipoff une feuille de son carnet.
Sur cette feuille se trouvait, inscrite au crayon, la formule algébrique suivante:
| A= | √ | L 189 +v V+P | = 980,400 |
—Qu'est-ce que cela? demanda le vieillard en écarquillant les yeux.
—Ça, répondit Fricoulet, c'est la preuve mathématique que l'ami Gontran à raison.
Et comme le vieillard se tournait déjà vers M. de Flammermont, l'ingénieur se hâta de répondre à la question qui allait être posée à son ami:
—À nous trois, dit-il, nous pesons deux cent cinq kilogrammes. Or, en tenant compte de la déperdition constante de force motrice, au fur et à mesure de notre éloignement, il est facile de calculer que, forcément, il viendra un moment où cette force, diminuant constamment, deviendra absolument nulle. C'est pourquoi, représentant par v la vitesse de l'appareil et en le multipliant par L 189, intensité de la pesanteur à la surface lunaire, je les divise par V (Vénus), plus P (notre poids), j'en prends la racine carrée et j'arrive à ce résultat: à 980,400 kilomètres de la Lune, nous nous arrêterons.