—Et c'est précisément parce que ce dernier seul est transparent que vous ne pouvez attribuer cette transparence à un état gazeux, car les autres sont assurément de la même matière que celui-là et ils sont opaques.

—Les croyez-vous donc liquides? murmura M. de Flammermont.

—Vous oubliez que le mouvement se transformerait en chaleur et que, le mouvement venant à diminuer, les anneaux ne tarderaient pas à tomber sur la planète.

Séléna qui, jusqu'alors n'avait pas pris part à la discussion, demanda:

—Mais, pourquoi chercher si loin?... n'est-il pas plus naturel de supposer ces anneaux de la même constitution que la planète même,... c'est-à-dire solides.

Pour le coup, Ossipoff éclata.

—Comment! s'écria-t-il, c'est toi qui parles ainsi, toi que j'ai élevée au milieu de mon laboratoire, entourée de mes livres, de mes instruments, toi qui m'as entendu traiter toutes ces questions, vingt, cinquante, cent fois peut-être!... tu as donc perdu la mémoire?

Séléna courba la tête, honteuse; le vieillard poursuivit:

—Mais, malheureuse enfant, si ces anneaux étaient solides, il y a beau jour que les variations constantes de l'attraction de la planète combinées avec celle des huit satellites, les auraient disloqués, pulvérisés, jetés aux quatre coins de l'espace;... et d'abord, elles auraient commencé par les empêcher de se former... Non, ces anneaux sont élastiques—ou ils ne seraient pas.