—C'est juste,... mais ne m'as-tu pas éveillé parce que tu avais besoin de moi?
—En effet; il devient indispensable, vu notre proximité de la planète, de surveiller attentivement la marche de l'appareil.
—Alors, tu veux que je prenne le quart?
—Dame! tu viens de te reposer,... tandis que moi, je ne te cacherai pas que je me sens très fatigué.
En prononçant ces mots, l'ingénieur se dirigea droit vers le hamac que venait de quitter son ami, tandis que celui-ci, sortant de la cabine, gagnait la machinerie.
Une fois installé devant le moteur, il appliqua son œil au télescope de vigie, saisit d'une main les commutateurs de la machine, et se mit à surveiller attentivement le fleuve blanchâtre au sein duquel l'Éclair naviguait depuis tant de mois.
Devant l'appareil, circulant à travers l'espace assombri comme une gigantesque coulée de lave, le fleuve coupait au loin l'orbite de Saturne, pour s'enfoncer ensuite dans les noires profondeurs de l'infini.
N'ayant rien de mieux à faire, et pour se tenir éveillé, Gontran remarqua que le courant astéroïdal englobait tout entière la planète géante, ses multiples anneaux et jusqu'à sa constellation de satellites.
Saturne, maintenant, avait envahi la moitié du ciel de son disque aux teintes bleuâtres, et, malgré lui, le jeune comte ne pouvait s'empêcher d'admirer les évolutions multiples et variées des huit satellites qui passaient et repassaient à l'horizon saturnien, enchevêtrant leurs routes, ainsi que les balles avec lesquelles jouent les jongleurs, pour le grand ébahissement des badauds.